Depuis la réforme de 2011, les intérêts d’emprunt ne sont plus déductibles pour l’achat de la résidence principale dans la majorité des cas. En revanche, pour un investissement locatif, les intérêts restent une charge déductible si vous optez pour le régime réel d’imposition des revenus fonciers. Ce qui suit explique les règles, donne une méthode de calcul simple et fournit une checklist des pièces justificatives à conserver.
Résidence principale vs investissement locatif
Pour la résidence principale : la plupart des dispositifs de déduction des intérêts ont été supprimés en 2011. Des cas très particuliers ou des mesures transitoires peuvent s’appliquer pour des prêts signés avant cette date ou pour certains dispositifs spécifiques ; il est donc recommandé de vérifier la situation au regard des documents du prêt et, au besoin, de consulter votre centre des impôts ou un conseiller.
Pour l’investissement locatif : si vous optez pour le régime réel, les intérêts d’emprunt sont considérés comme des charges déductibles des loyers et viennent diminuer le revenu foncier imposable. Le régime réel devient intéressant dès lors que le total des charges (intérêts, travaux, assurance, taxe foncière, frais de gestion, etc.) dépasse l’abattement forfaitaire du micro-foncier.
Micro-foncier ou régime réel ?
Le régime micro-foncier s’applique de plein droit si vos revenus fonciers bruts ne dépassent pas le seuil légal (seuil en vigueur : 15 000 €) et vous donne droit à un abattement forfaitaire de 30 % sans justificatif. Dans ce cas, vous ne pouvez pas déduire vos intérêts spécifiquement.
Le régime réel s’obtient en optant pour la déclaration au réel ; il exige la fourniture de justificatifs et permet de déduire toutes les charges réelles, y compris les intérêts d’emprunt. Il est généralement plus avantageux quand les charges sont élevées (travaux importants, intérêts importants, charges de copropriété, etc.).
Comment calculer rapidement l’impact fiscal des intérêts
Méthode simple pour estimer l’économie d’impôt liée à des intérêts d’emprunt sur un bien locatif :
- Identifiez le montant annuel des intérêts effectivement payés (d’après le tableau d’amortissement ou vos relevés bancaires).
- Vérifiez que vous êtes au régime réel et que vous avez suffisamment d’autres charges ou frais pour justifier cette option.
- Estimez l’économie d’impôt liée à la déduction en multipliant le montant des intérêts par votre taux marginal d’imposition (TMI). Formule approximative : économie d’impôt ≈ intérêts × TMI.
- N’oubliez pas que la réduction de revenu foncier entraîne aussi une baisse des prélèvements sociaux (ils s’appliquent sur le revenu foncier net) : l’avantage réel est donc TMI + effet sur prélèvements sociaux.
Exemple pratique : intérêts annuels 5 000 €, loyers bruts 12 000 €, TMI 30 %. Économie d’impôt approximative : 5 000 € × 30 % = 1 500 € (avant prise en compte des prélèvements sociaux). Ce calcul donne une estimation rapide : pour un résultat exact il faut intégrer l’ensemble des charges, la base imposable finale et le montant des prélèvements sociaux applicables.
Pièces à conserver et durée de conservation
En cas d’option pour le régime réel, vous devez pouvoir justifier chaque charge. Voici la liste minimale des documents à conserver :
- Tableau d’amortissement du prêt et/ou attestation de l’organisme prêteur précisant les intérêts annuels.
- Relevés bancaires montrant les prélèvements correspondant aux intérêts et au capital.
- Contrat de location et quittances de loyers ou relevés de loyers encaissés.
- Factures et justificatifs pour les travaux, l’entretien, les assurances, les frais de gestion et la taxe foncière.
- Copies des courriers échangés avec le notaire ou l’administration fiscale si une régularisation a été sollicitée.
Conservez ces documents pendant au moins six ans, délai courant de prescription en matière fiscale pour la plupart des contrôles.
Conseils pratiques
– Avant d’opter pour le régime réel, faites une simulation chiffrée incluant toutes les charges : parfois le régime réel est moins intéressant pour de petits portefeuilles si les charges sont faibles. – Si votre prêt est ancien (antérieur à 2011) ou s’il comporte des clauses particulières, vérifiez si des dispositions transitoires peuvent s’appliquer. – En cas de doute ou pour une optimisation fiscale fine (montage en SCI, amortissements, travaux lourds), consultez un expert-comptable ou un conseiller fiscal. – Gardez les justificatifs originaux : lors d’un contrôle, l’administration exigera la preuve du paiement et du montant des charges déduites.
Sources et vérification
Les textes fiscaux utiles se trouvent dans la documentation de la Direction générale des finances publiques (BOFiP) et sur le site officiel du service public. Ces sources précisent les modalités d’application du régime réel et les obligations de justification. Les règles peuvent évoluer : vérifiez toujours la réglementation applicable à l’année fiscale concernée.
En résumé : la déductibilité des intérêts pour la résidence principale est aujourd’hui limitée ; pour le locatif, la déduction au réel reste possible et souvent avantageuse si les charges sont significatives. Faites une simulation complète avant de choisir votre régime et conservez soigneusement vos justificatifs.




