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Le Parlement, la Loi et le Génocide arménien

 

mercredi 8 février 2012, par Gwendal Rouillard.

Pourquoi j’ai décidé de signer le recours auprès du Conseil constitutionnel.

Après le vote intervenu à l’Assemblée nationale le 21 décembre 2011, le Sénat a définitivement adopté, le 23 janvier dernier, la loi visant à réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi, notamment le génocide arménien.
Depuis plusieurs mois, j’entends les débats, trop souvent tronqués et polémiques, qui accompagnent le vote de cette loi. Je suis lucide quant à certaines tentatives d’instrumentalisation mais je comprends également les sensibilités et les souffrances qui s’expriment.
Le sujet dont il est question est grave. Comme parlementaire, mon rôle ne consiste pas à juger de faits historiques, à pointer des coupables ou à choisir un camp contre un autre. Je dois avant tout veiller au respect du principe de séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi qu’à l’éthique qui distingue les fonctions du savant et du politique.
Tel est le sens de mon propos et de ma prise de position aujourd’hui. Je considère qu’il revient aux historiens d’établir la vérité des faits sur la base de débats scientifiques contradictoires. C’est la seule voie possible permettant un jour aux Turcs et aux Arméniens d’assumer, de manière apaisée, leur histoire commune, fût-elle douloureuse.
En ce sens, la décision du parlement français va totalement à l’encontre de ce chemin de dialogue et de compréhension. Pire, elle pourrait même figer à long terme le débat déjà engagé entre historiens sur la complexité des événements tragiques qui se sont déroulés voici un siècle. Loin d’apaiser les tensions, cette loi souffle sur des braises encore brûlantes.
Jamais, je n’accepterai de prendre cette lourde responsabilité qui compromettra durablement le respect et la réconciliation entre les peuples.
C’est pourquoi, en cohérence avec les principes de la République, le sens de mon engagement, et les convictions auxquelles je crois profondément, j’ai décidé de signer le recours ainsi déposé au Conseil constitutionnel.

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Communiqué de presse du 31 janvier 2012

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